À retenir
- La donnée reste le nerf de la guerre. Ce n’est pas l’IA qui crée de la valeur, c’est la qualité de la donnée qu’on lui donne à traiter.
- Les interfaces s’effacent au profit des agents. La tendance de fond du marché (Salesforce, hyperscalers…) est au « sans écran » : des agents autonomes prennent en charge des tâches entières.
- Un nouveau métier émerge : le Product Builder, profil hybride dev/produit/design capable de prototyper des agents rapidement.
- Le budget devient un vrai sujet de gouvernance : les enveloppes 2026 n’avaient pas anticipé la consommation de tokens, et la question se pose déjà pour 2027.
- Le rôle des collaborateurs évolue de « faiseurs » à « valideurs », y compris pour les développeurs.
- La sécurité et la gouvernance seront le prochain grand chantier, pour encadrer une vague de développements aujourd’hui largement décentralisés.
Chez Intescia, l’intelligence artificielle n’est plus un sujet de veille : c’est devenu un pilier stratégique. Verticalisation des offres, plateformisation, arrivée des agents autonomes… Michael Cohen, Chief Product Officer du groupe, revient sur l’enjeu qui, selon lui, conditionne tout le reste : la donnée.
La donnée, élément fédérateur de la stratégie IA
Pourquoi la donnée est-elle redevenue un sujet aussi central alors qu’elle existe depuis toujours ?
« La donnée n’a rien de nouveau. Les API, l’open data, les jeux de données gratuits existaient bien avant l’arrivée des agents IA et des protocoles comme le MCP. Ce qui change, c’est l’usage qu’on peut désormais en faire. Les modèles d’IA se construisent et se nourrissent de données, et c’est précisément là qu’Intescia, né de plusieurs acquisitions (Explore, DoubleTrade, Codata, entre autres), tire son avantage : le groupe est propriétaire de sa donnée.
Le nouveauté concept de MCP est à comprendre comme une API augmentée, capable d’indiquer aux agents IA quelles données sont disponibles et comment les exploiter. Mais posséder de la donnée ne suffit pas. Encore faut-il savoir l’exploiter. »
Le vrai sujet : la qualité et l’enrichissement, pas la collecte
Beaucoup d’agents IA se contentent d’aller chercher de la donnée sur Internet. En quoi est-ce insuffisant ?
« C’est l’angle mort de nombreux agents IA génériques : ils récupèrent de la donnée brute, non enrichie. Or l’open data, aussi abondant soit-il, pose des problèmes concrets de fiabilité : doublons non détectés, données mal interprétées, informations comptées plusieurs fois.
Le travail d’Intescia se situe précisément à cet endroit : enrichissement, dédoublonnage, et sirétisation. Des experts métier retravaillent chez nous cette donnée brute pour la rendre exploitable, avant que des agents ne viennent l’activer pour les clients et partenaires, afin d’optimiser leurs processus de prospection ou de recherche de projets. »
Vers la disparition des interfaces au profit des agents
Vous évoquez une transformation plus large que la seule donnée : celle des interfaces elles-mêmes.
« C’est une conviction que je partage avec une bonne partie de l’écosystème tech : les interfaces utilisateurs classiques vont progressivement s’effacer au profit d’agents autonomes, capables de prendre en charge des tâches entières. J’en a fait l’expérience personnelle cet été, en travaillant avec plusieurs agents spécialisés (product owner, product manager, développeur, product marketing) chacun traitant la même information de façon indépendante pour produire landing pages, user stories ou mécanismes d’automatisation.
Des tâches qui, avant, m’auraient pris deux jours se règlent désormais en quelques heures, parfois quelques minutes. »
L’émergence des « Product Builders »
Cette transformation suppose de nouvelles compétences. Comment cela se traduit-il en interne ?
« J’observe l’émergence d’un rôle hybride, à la croisée du développement, du produit et du design : le Product Builder. Ces profils, capables de prototyper rapidement des agents en s’appuyant sur des MCP et des données déjà enrichies, viennent automatiser des tâches aujourd’hui réalisées manuellement ou pas du tout. Intescia recrute déjà sur ce type de poste.
J’anticipe que ce mouvement va s’accélérer en 2027, avec la réinternalisation de certains outils historiquement achetés en SaaS. Un phénomène que je tempère cependant : selon moi, la « SaaSpocalypse » concernera surtout les outils périphériques, sans risque opérationnel majeur. Réécrire un ERP ou un ITSM reste, à mes yeux, un pari coûteux et risqué que peu d’entreprises prendront à la légère. »
Le nouveau casse-tête budgétaire : les crédits de tokens
L’IA générative pose aussi une question très concrète : celle du budget.
« C’est un point sur lequel j’insiste particulièrement. Les budgets 2026 ont été construits fin 2025, à une époque où personne n’avait anticipé l’ampleur de la consommation de tokens liée aux usages IA. La question n’est plus seulement de savoir combien coûtera l’IA, mais de trouver, dans des enveloppes déjà figées, l’espace budgétaire nécessaire.
Je pousse la réflexion plus loin : demain, la rémunération d’un collaborateur pourrait intégrer une part fixe et une allocation de crédits IA, au même titre qu’un salaire. Une question de fond émerge alors pour le management : combien d’agents faut-il déployer pour accompanier chaque équipe (marketing, produit, développement) et comment ce choix se traduit-il en arbitrage budgétaire ? »
Des faiseurs aux valideurs
Le rôle des collaborateurs change-t-il en profondeur ?
« Oui, et c’est l’un des changements les plus marquants selon moi : d’exécutants, les collaborateurs deviennent progressivement des valideurs. Un développeur ne sera plus seulement celui qui écrit du code, mais celui qui valide ce qu’un agent a produit avant sa mise en production. Ce glissement touche tous les métiers, y compris ceux de la communication ou du contenu. »
Les agents au service des clients Intescia
Concrètement, quels agents Intescia développez-vous pour vos clients ?
« Nous avons une feuille de route déjà bien engagée. Sur la partie détection, historiquement très manuelle: un client devait éplucher lui-même des listes d’appels d’offres ou de données d’entreprises sur les différentes marques du groupe (Corporama, Doubletrade, Codata), les agents permettent désormais d’automatiser le tri selon des critères définis.
Un module de sales engagement, déjà en production et dont la commercialisation vient de démarrer, va plus loin : il aide les équipes commerciales à identifier automatiquement les entreprises correspondant au bon profil, puis à engager une prospection automatisée. Mails et relances compris.
Autre chantier : des agents de scoring, capables de s’appuyer sur plus de dix, voire vingt ans d’historique de données, pour estimer les chances de succès d’un client sur un appel d’offres donné et identifier le critère (prix, délai, autre) le plus susceptible de faire la différence. Une capacité d’analyse que des agents IA génériques, sans profondeur de données comparable, ne peuvent tout simplement pas reproduire. »
Gouvernance et sécurité : la prochaine bataille
Cette accélération ne comporte-t-elle pas des risques ?
« C’est, pour moi, le sujet qui va rattraper les entreprises dans les mois à venir. Aujourd’hui, chacun développe dans son coin, teste, s’amuse. Une forme de « shadow IT » nouvelle génération. Mais que se passe-t-il si la personne qui a développé un agent critique quitte l’entreprise ? Qui documente, qui maintient, qui est responsable en cas de faille de sécurité ou de contrôle réglementaire (PCI, DORA, NIS2, RGPD) ?
Ma conviction : il faudra encadrer ces développements avec les mêmes exigences que celles imposées aux développeurs (tests, traçabilité, documentation) sans pour autant brider l’agilité des équipes métier, qui restent, selon moi, les mieux placées pour identifier les bons cas d’usage. »
Une révolution dont la mesure n’est pas encore prise
Un mot de conclusion ?
« Je suis très enthousiaste, tout en restant lucide sur l’ampleur du changement en cours. Des projets qui m’auraient pris des mois se bouclent désormais en quelques heures. Une question que j’aurais imaginé insoluble a trouvé sa réponse en trente secondes. Pour moi, la vraie limite à venir ne sera plus technologique, mais liée aux ressources (énergie, eau ) nécessaires pour faire tourner ces systèmes à grande échelle. »
Propos recueillis par Alexandre Savigny
L’étude complète
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Résultats détaillés, méthodologie et analyse complète de l’étude Intescia / OpinionWay sur la transformation des fonctions commerciales et marketing par l’IA.